FRITZ LANG


"Si vous voulez faire de la mise en scène, n'achetez pas d'auto.
Prenez le métro, l'autobus, ou allez à pied. Observez de près les gens qui vous entourent."

Portrait de Fritz Lang
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Les films de Fritz Lang m'ont beaucoup apporté quant à ma connaissance et ma compréhension du discours cinématographique.
Certains films de Fritz Lang sont tout simplement de véritables leçons de cinéma. Le meilleur exemple en est sans conteste à mes yeux : House by the river, pur chef-d'oeuvre où tout le talent de Fritz Lang apparaît à chaque instant.
Nous essaierons avec une grande modestie de présenter quelques films, différents articles, quelques photos pour tenter de faire partager à de nombreux surfeurs notre profonde passion pour cet extraordinaire metteur en scène de cinéma

Portrait de Fritz Lang


Ce grand réalisateur allemand a tourné les films suivants :

1919 - HALBBLUT (Le Métis)
1919 - DER HERR DER LIEBE (La Maître de l'amour)
1919 - DIE SPINNEN (Les Araignées)
1919 - HARAKIRI (Madame Butterfly)
1920 - DAS WANDERNDE BILD (L'Image vagabonde)
1921 - DER MÜDE TOD (Les Trois lumières)
1921 - VIER UM DIE FRAU (Quatre autour d'une femme)
1922 - DR MABUSE (Dr Mabuse)
1924 - DIE NIBELUNGEN(Les Nibelungen,)
1927 - METROPOLIS
1928 - SPIONE (Les Espions)
1929 - DIE FRAU IM MOND (La Femme sur la lune)
1931 - M. EIN STADT SUCHT EIN MÖRDER (M. le Maudit)
1933 - DAS TESTAMENT DES DR. MABUSE (Le Testament du Dr Mabuse)
1934 - LILIOM
1936 - FURY (Furie)
1937 - YOU ONLY LIVE ONCE (J'ai le droit de vivre)
1938 - YOU AND ME (Casier judiciaire)
1940 - THE RETURN OF FRANK JAMES (Le retour de Frank James)
1941 - WESTERN UNION (Les pionniers de la Western Union)
1941 - MAN HUNT (Chasse à l'homme)
1943 - HANGMEN ALSO DIE (Les Bourreaux meurent aussi)
1944 - MINISTRY OF FEAR (Espions sur la Tamise)
1944 - THE WOMAN IN THE WINDOW (La femme au portrait)
1945 - SCARLET STREET (La Rue rouge)
1946 - CLOAK AND DAGGER (Cape et poignard)
1948 - SECRET BEYOND THE DOOR (Le secret derrière la porte)
1950 - AMERICAN GUERRILLA IN THE PHILIPPINES (Guérillas)
1950 - HOUSE BY THE RIVER
1952 - RANCHO NOTORIOUS (L'Ange des maudits)
1952 - CLASH BY NIGHT (Le démon s'éveille la nuit)
1953 - THE BLUE GARDENIA (La Femme au gardenia)
1953 - THE BIG EAT (Règlement de compte)
1954 - HUMAN DESIRE (Désirs humains)
1955 - MOONFLEET (Les Contrebandiers de Moonfleet)
1956 - WHILE THE CITY SLEEPS (La Cinquième victime)
1956 - BEYOND A REASONABLE DOUBT (L'invraisemblable vérité)
1959 - DER TIGER VON ESCHNAPUR (Le tigre du Bengale)
1959 - DAS INDISCHE GRABMAL (Le tombeau hindou)
1960 - DIE TAUSEND AUGEN DES DR. MABUSE (Le diabolique Dr Mabuse)


De l'expressionisme allemand (Les Trois Lumières) au romantisme anglais (Moonfleet), quelque genre qu'il abordât Fritz Lang a atteint un sommet. Sa carrière (plus de quarante années et presque cinquante films) est jalonnée de chefs-d'oeuvre qui sont en même temps devenus ceux de l'histoire du cinéma : M le Maudit, Le Docteur Mabuse, Furie, J'ai le droit de vivre. Ses films a priori disparates mais en réalité tous marqués d'un style authentique, ont contribué à l'étude du cinéma en tant qu'art et son influence a été telle sur les réalisateurs - ceux de la Nouvelle Vague française notamment - comme sur les critiques que François Truffaut pouvait écrire : "Chaque plan du style de Lang, chaque mouvement d'appareil, chaque cadrage, chaque déplacement d'acteur, chaque geste a quelque chose de décisif."

Il débute dans l'industrie cinématographique, en étant tout à tour acteur, scénariste et assistant réalisateur. Grâce à Erich Pommer, grand patron éclairé de la Decla-Bioscop, Lang commence sa carrière de metteur en scène en 1919. Tous les thèmes chers à l'esprit germanique : la mort, les puissances occultes, le destin, la volonté de puissance, la vengeance vont imprégner ses films. N'ayant pu réaliser Le Cabinet du Docteur Caligari, Lang donnera au cinéma expressionniste l'un de ses chefs-d'oeuvre, Les Trois Lumières, dans lequel la débauche géométrique des décors, l'audace des motifs en spirale correspondent, comme dans les Nibelungen et Metropolis, à l'apothéose artistique (picturale et musicale) de l'Allemagne d'alors.
Avec Le Docteur Mabuse, c'est tout le climat du pré-nazisme qui apparaît. Le désir de la toute-puissance, le danger des sociétés secrètes parallèles, l'existence d'organisations criminelles (Les Araignées, Les Espions) furent autant d'éléments qui inquiétèrent, non sans raison, les membres du parti nazi. La morale de M le Maudit (des criminels qui veulent se faire passer pour des justiciers, la police étant incapable d'arrêter un tueur d'enfants) rappelait par trop la faiblesse de la république de Weimar pour n'être qu'une coïncidence... Le succès du Docteur Mabuse fit faire à Lang Le Testament du Docteur Mabuse, dans lequel la parabole politique était plus que manifeste, puisque le héros devenu la chose de Mabuse prisonnier, accomplissait les volontés de ce maître criminel. La référence à Mein Kampf, écrit en prison par Hitler, était tellement claire que le film fut interdit par Goebbels et que Lang , à qui ce dernier avait proposé le poste de réalisateur officiel du parti nazi, quitta l'Allemangne en 1933.
La carrière américaine de Lang fut plus disparate mais tout aussi riche que sa période allemande. Aussi germanique qu'il était en Allemagne, il fut américain aux États-Unis, et cette apparente rupture ne fut en réalité que le fruit d'une évolution intérieure. Allant d'une compagnie à une autre, Lang devient plus éclectique - c'est-à-dire plus universel - que jamais. Il attaque le lynchage (Furie) et l'intolérance sociale (J'ai le droit de vivre). Hitler et sa clique sont la cible de plusieurs de ses films ( Le Ministère de la Peur, Cape et poignard, Chasse à l'homme et surtout Les bourreaux meurent aussi, consacré à l'assassinat d'Heydrich, et pour lequel Lang fit appel à Bertold Brecht). Il adapte des classiques de la littérature française : La Bête humaine de Zola (Désirs humains) et La Chienne de Georges de La Fouchardière (La Rue rouge), étrangement transposés aux Etats-Unis.

Du cinéma américain, il prend les deux genres les plus dramatiques : le western et le film policier, y retrouvant ses vieux thèmes de la vengeance, de la corruption, de la soif de puissance et de la justice. Ce sont Le Retour de Frank James, équivalent américain des Nibelungen, L'Ange des Maudits, Les Pionniers de la Western Union, Règlement de comptes, La Cinquième Victime, l'Invraisemblable Vérité. Au milieu de cette carrière apparaissent des films rares, flamboyants chefs-d'oeuvre comme Les Contrebandiers de Moonfleet et House by the River qui sont à la fois un temps de réflexion et la preuve éclatante d'une perfection stylistique.

En 1958, Lang retourne en Allemagne pour y réaliser les dernières oeuvres de sa carrière : un film en deux parties, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou, et Le Diabolique Docteur Mabuse, oeuvres pour lesquelles il retrouve toute sa jeunesse germanique. Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou, à mi-chemin entre le conte de fées et le serial, sont une véritable méditation , celle d'un sage, alors âgé de soixante-huit ans, qui apporte à tout un genre, celui du film d'aventures, la sérénité du philosophe. Le Diabolique Docteur Mabuse, le plus beau allemand de l'après-guerre, renoue avec les pouvoirs occultes et la volonté de puissance, dénonçant une ultime fois le despotisme du surhomme. Le cercle se referme. Ce retour de Lang en Allemagne est tout à la fois le retour aux sources de son oeuvre et l'achèvement de toute une carrière. L'adolescent des Araignées (1919) et le viel homme du Tigre du Bengale (1959) se sont retrouvés. A la permanence de ses thèmes, Lang ajoute un style plus pur que jamais, dépouillé jusqu'à l'épure.

En écrivant : "La solitude morale, l'homme menant seul une lutte contre un univers mi-hostile, mi-indifférent, tel est le thème favori de Lang", François Truffaut trouve très exactement la définition de l'art telle que la donne Fritz Lang : "Une chose est sûre. L'art doit être critique; c'est se force et sa raison. Cette critique doit être une critique sociale, mais pas uniquement. Il y a dans ce monde beaucoup de choses qui doivent être critiquées. On ne peut pas proposer de solution, mais il faut toujours lutter pour désigner le mal. Ainsi mes films policiers américains sont d'abord une critique dirigée contre la corruption. Il arrive également qu'un créateur découvre en lui-même des choses qu'il n'aime pas, et il doit critiquer ces choses."
Patrick BRION (Encyclopédie Universalis)


Fritz Lang naquit à Vienne (Autriche) le 5 décembre 1880. Il était le fils d'un architecte. Sa première vocation fut la peinture. Blessé au cours de la 1ère Guerre Mondiale, il commença à écrire des scénarios pendant sa convalescence. Engagé par Erich Pommer, il se fit remarquer par la qualité de ses intrigues policières et de ses récits d'aventures, de style rocambolesque ou fantastique. Son premier succès personnel fut Les Trois Lumières (1921), qui comprenait trois sketches situés à des époques historiques différentes; l'allure très expressionniste des décors produisit beaucoup d'effet. Ce titre marque dans la carrière de Fritz Lang le commencement d'une première période, qui a pour cadre l'Allemagne.
Cette est caractérisée par une prédilection (reconnaissable dans l'ensemble de son oeuvre) pour des thèmes sociaux et policiers traités sur un mode mélodramatique, et par une évolution progressive vers une liberté de style toujours plus affirmée. Thea von Harbou, qui était alors l'épouse du réalisateur, collabora à l'élaboration de certains scénarios - notamment ceux de Die Niebelungen (1924) et de Metropolis (1926), ce qui explique peut-être leur allure parfois emphatique et ampoulée. Tous les films de cette période s'inscrivent dans le courant général de l'expressionnisme. Les trois oeuvres les plus personnelles du cinéaste sont sans doute, dans l'ordre chronologique : la première partie du Docteur Mabuse (1922), qui décrit avec beaucoup de finesse la corruption de la bourgeoisie allemande de l'époque; l'insolite Femme sur la lune (1928) qui, malgré le mauvais scénario de Thea von Harbou, est un film plein de beauté et de fantaisie; et surtout M le Maudit (1931), portrait d'un psychopathe criminel et radiographie implacable des bas-fonds de l'Allemagne préhitlérienne. A la veille du triomphe des nazis, Lang ressuscita le célèbre personnage du docteur Mabuse dans Le Testament du Docteur Mabuse (1932), où l'on pouvait reconnaître Hitler sous les traits d'un savant fou projetant de dominer le monde par le terreur pour finalement le détruire. Après avoir décliné l'offre de Goebbels de faire de lui un idéologue officiel du Troisième Reich, le cinéaste dut quitter précipitamment l'Allemagne, tandis que Thea von Harbou, déjà divorcée, se mettait au service du nouveau régime.

Lang tourna en France un film curieux, intitulé Liliom (1933), inspiré d'une comédie de Molnar, puis il entama sa carrière hollywoodienne avec deux réalisations magistrales : Furie (1936), qui analyse les passions ambiguës déchaînées par un lynchage, et J'ai le droit de vivre (1937), qui raconte l'histoire d'un innocent , victime des mécanismes implacables de l'appareil judiciaire. Ces deux oeuvres font apparaître la violence ouverte ou latente de la société américaine. Casier judiciaire (1938) complète le triptyque mais fut un échec artitistique et commercial très grave pour la carrière du cinéaste. Après deux westerns de commande et un autre film mineur, il mit en scène deux importants récits consacrés à l'espionnage et à la Résistance : Les Bourreaux meurent aussi (1942), violent réquisitoire antinazi, sur un scénario de Bertolt Brecht, et Espions sur la Tamise (1944), adaptation d'un roman de Graham Greene, où l'on reconnaît la goût du réalisateur pour les intrigues rocambolesques.La femme au portrait (1944) est un modèle de film "noir", qui clôt cette première période américaine de Lang.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste se trouve dans une situation difficile. Malgré l'excellente qualité de ses films, il se voit obligé de consolider sa position dans l'industrie hollywoodienne et fait dans ce but une concession au cinéma commercial (la seule, d'ailleurs, de toute sa vie) en tournant Guerillas (1950). C'est alors le début de la dernière grande période de sa carrière. Souvent ignorée ou du moins sous-estimée par la critique, cette période est caractérisée par une rigueur inflexible et une très grande simplicité de style. Le travail de Lang tend en effetà ne plus présenter à l'écran qu'une juxtaposition linéaire d'images généralement composées selon un schéma de symétrie, filmées par une caméra presque toujours immobile (comme un regard impassible) et dont les rares déplacements obéissent à une visée strictement fonctionnelle. Tous ces effets rigoureusement calculés contribuent à créer ce qu'André Bazin, en une formule très juste, malgré son intention péjorative, a appelé "le vide barométrique de la mise en scène". Un tel dépouillement, qui ne trouve d'équivalent que dans les films télévisés de Rossellini, nous oblige à reconnaître en Fritz Lang un cas exemplaire : celui d'un cinéaste qui, au risque de ne plus être compris de son public, tire toutes les conséquences pratiques de sa démarche personnelle. Tous les films qu'il a tourné au cours des années cinquante confirment cette impression : L'Ange des Maudits (1952), western insolite interprété par Marlène Dietrich; La Femme au gardénia (1953), où une banale intigue policière sert de prétexte à une impitoyable étude de moeurs; Règlement de comptes (1953), film de gangsters particulièrement brutal; Désirs humains (1954), qui est un remake très original de La Bête humaine de Jean Renoir; Les Contrebandiers de Moonfleet (1955), qu'on peut appeler un "film d'époque"; La Cinquième Victime (1956), portrait d'une société américaine transformée en jungle par les ambitions égoïstes de chaque individu; et L'Invraisemblable Vérité (1956), réflexion ambiguë sur le thème de la culpabilité.

De retour en Allemagne, Lang tourna en 1958 les remakes de deux très anciens succès de l'UFA, dont il avait lui-même écrit les scénarios en collaboration avec Thea von Harbou : Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou. Ce curieux diptyque, où culmine peut-être le talent de l'auteur, passa en général inaperçu, ainsi que la réapparition sur les écrans de la plus célèbre de ses créatures, dans Le Diabolique Docteur Mabuse (1960) : réduite à sa forme la plus élémentaire, l'écriture de Lang déconcertait ceux qui attendaient de lui des effets expressionnistes archaïsants. Il cessa alors définitivement de tourner des films et fit seulement une ultime apparition comme acteur dans Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard, où il joue son propre rôle. Il concluait ainsi de façon ironique sa carrière de cinéaste, treize ans avant sa mort , qui survint le 2 août 1976 à Los Angeles.
Encyclopédie Alpha du Cinéma (Jaume Genover, Annette Colliot-Thélène, Michel Poville, Emili Teixidor, Raul Contel, Henri Poncet)


La carrière de Fritz Lang peut se diviser en trois parties. Une partie allemande : ce fils d'architecte fait le tour du monde, peint, se bat héroïquement lors de la guerre, est blessé; pour s'occuper, il écrit des scénarios de films qu'il vend à des producteurs-réalisateurs comme Joe May. Il passe derrière la caméra avec Halbblut (Le demi-sang), histoire d'un homme détruit par son amour pour une femme, thème que l'on retrouve de façon constante dans son oeuvre. Il est en effet l'auteur du scénario comme il le sera pour la majeure partie des films qu'il a tournés en Allemagne.
Le succès commercial vient avec son troisième film, Les araignées, sorte de serial consacré à une association de criminels qui veulent dominer le monde. A cause de ce film qui l'avait absorbé, il ne put diriger Le cabinet du docteur Caligari. Sa collaboration avec la romancière Thea von Harbou, qui allait devenir sa femme, va malgré tout le conduire à signer une oeuvre majeure du nouveau courant : Les trois lumières (où une jeune femme essaie de ravir à la mort son amant). A ce courant se rattachent également Les Nibelungen, l'épopée wagnérienne en images (même si Lang s'est défendu de tout rapport avec le cycle wagnérien du Ring, ou avec le concept du surhomme de Nietzsche comme le prétend Kracauer dans son livre, De Caligari à Hitler). Non qu'il soit indiférrent au fantastique : La femme sur la lune est l'un des premiers films de science-fiction et l'allégorie de Metropolis s'y réfère avec sa ville-usine et son robot. Mais Lang n'aimait pas ce dernier film. Parlant de la conclusion : "Le coeur servira de médiateur entre le bras et le cerveau", il affirmera : "Elle est fausse. Je ne l'acceptais déjà pas quand je réalisais le film." Ce qui l'intéresse, c'est l réalisme social. Une vision aiguë et cruelle de l'Allemagne de l'après-guerre se retrouve dans les deux versions de Mabuse (l'inflation) et surtout M. A propos du Maudit, Lang déclarait : "Mon film tout entier est un reportage." Inspirée par l'histoire du vampire de Düsseldorf, l'oeuvre etait une évocation hallucinante du monde de la pègre. Au-delà du cas de Peter Lorre, c'est toute la société allemande qui se retrouvait en accusation.L'utilisation du son montrait par ailleurs combien Lang avait parfaitement maîtrisé le parlant. Il s'impose alors comme le plus grand réalisateur allemand. Goebbels, excellent cinéphile, ne s'y trompe pas. Il lui propose de diriger l'industrie cinématographique allemande. Lang n'est qu'à demi juif mais préfère s'enfuir à Paris.
En France, il ne tourne qu'un film Liliom, d'après Molnar. Attiré par la MGM, il passe aux Etats-Unis où il commence alors la deuxième étape de sa carrière

Deux films d'une grande puissance montrent qu'il n'a rien perdu de son talent : Fury (sur le lynchage) et You Only Live Once (sur l'injustice sociale et l'innocence persécutée). Après deux westerns, genre où il est encore mal à l'aise (mais il trouve moyen de signer deux classiques du genre !), il participe à la propagande antinazie en écrivant avec Bretch le scénario des Bourreaux meurent aussi (sur l'assassinat d'Heydrich, bras droit d'Himmler) qu'il met en scène. Suivent des chefs-d'oeuvre (qui souvent ne seront reconnus comme tels que plus tard) : L'ange des maudits, un éblouissant western avec Marlène Dietrich et surtout des films policiers remarquables, de The Woman in the Window au délirant Beyond a Reasonable Doubt en passant par Big Heat, d'une extrême violence. on ne saurait en quelques lignes caractériser la période américaine de Lang : sous le décousu apparent (qui trompa alors la critique) de films appartenant à des genres dits mineurs (mais que l'on ne cesse de redécouvrir), c'est un véritable auteur qui se révèle.
Dernière étape : le retour en Allemagne. Lang y reprend un projet qu'il avait à coeur de tourner : Le tigre du Bengale et Le tombeau hindou, dont il existait, sur son scénario, deux versions, l'une de May et l'autre d'Eichberg. Il nous donne enfin sa propre version, un somptueux livre d'images, sadique et érotique à souhait. Puis c'est un troisième Mabuse. L'Allemagne a changé, mais la menace est toujours là. Film testament, un peu naïf au gré de certains. Mais il importe peu. Ce qui compte, c'est le retour aux sources. Lang nous a donné une grande leçon de cinéma.
Jean Tulard (Dictionnaire du Cinéma, Les Réalisateurs, Collection Bouquins)


Le Drame Psychologique chez Fritz LANG

Chez ce metteur en scène allemand, exilé malgré lui à Hollywood, le drame est toujours construit sur une intrigue très complexe, faisant appel à une psychologie extrêmement élaborée , voire à la psychanalyse, comme en témoigne Le Secret derrière la porte (Secret beyond the door), réalisé en 1948, où l'on voit une femme délivrer son mari d'une obsession qui le ronge, en procédant à une analyse approfondie de son comportement, à travers les moindres de ses actes et de ses paroles. Le film que Lang tourna en 1953, La Femme aux gardénias (The blue gardenia) est également l'histoire d'une névrose : une femme penes être responsable d'un meurtre qu'elle n'a pas commis. Elle est complètement paralysée par le sentiment de culpabilité, jusqu'au jour où la vérité éclate.
De 1945 à 1956, Fritz Lang tourna aux Etats-Unis trois autres drames psychologiques : Le Démon s'éveille la nuit (Clash by night, 1952), avec Paul Douglas, Robert Ryan, Marilyn Monroe et Barbara Stanwyck; Désirs humains (Human desire, 1954), d'après "La Bête humaine" d'Emile Zola; L'Invraisemblable vérité (Beyond a reasonable doubt, 1956), avec Dana Andrews, Joan Fontaine et Barbara Nichols. Ces films ont le mérite d'être extrêmement bien construits et de nous aider à mieux comprendre les ressorts du comportement humain, en particulier la lutte de l'individu isolé contre les éléments et contre le destin (lutte prométhéenne, comme Fritz Lang le disait lui-même.)


Fritz Lang Interviewed by William Friedkin (1974)








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